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 L'Héritière - La trahison

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Alaynna
Beau parleur
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Date d'inscription : 19/06/2015
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MessageSujet: L'Héritière - La trahison   Dim 21 Juin - 11:09



  • Rated:
    K+
  • Catégories:
    Fantasy, Supernaturel, Tragédie
  • Chapitres:
    5
  • Mots:
    14 757
  • Statut:
    En cours



Synopsis:


  • Rien n'est plus sacré qu'un dragon, et le dernier s'est éteint il y a des siècles, se sacrifiant pour protéger l'Humanité. Son crâne, dernière relique des Hommes, est gardé dans le lieu le plus sacré du royaume et peu ont pu le voir de leurs propres yeux. Mais la paix instaurée par cet animal vacille, et il semble qu'une seule femme puisse la préserver ou les condamner tous.


Spoiler:
 

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Alaynna
Beau parleur
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MessageSujet: Re: L'Héritière - La trahison   Dim 21 Juin - 11:12



Perdue





Ploc, ploc, ploc. Les gouttes tombaient les unes après les autres, percutant le sol de pierre. L'écho résonnait indéfiniment sur les parois, ne rencontrant aucun obstacle au milieu de cette salle vide, circulaire, humide. Le plafond était inatteignable, s'élevant sur plusieurs mètres. Etrangement, il ne faisait pas sombre. Des percées dans la roche avec des barreaux, comme des meurtrières mais très hautes, laissaient passer des rayons de soleil qui éclairaient la salle. Devant l'immensité de la pièce et le vide qui y régnait, tout étant visiblement à l'abandon, on était en droit de se demander son rôle. En dehors de son existence en elle-même, il n'y avait aucune manipulation humaine, aucun meuble, aucun chandelier, rien,... La mousse sur la roche des murs était la seule entité vivante des lieux au premier abord.
L'usure de la pierre indiquait que l'édifice était ancien. Quelques blocs sur le sol montraient même que la solidité des murs commençait à être mise à l'épreuve, à moins que ça soit dû aux longues traces sur le sol et sur les parois. Il y avait en effet de longues marques gravées dans la roche comme les marques de griffes d'un ours sur un tronc, en beaucoup plus grand. Par endroits, les pierres semblaient même avoir fondu sur une profondeur d'au moins un bras adulte, sans toutefois parvenir à les percer et atteindre l'extérieur.

- Mmh...

Un gémissement douloureux couvrit l'écho des gouttes et une masse au centre de la pièce bougea. Elle était simplement vêtue d'une tunique blanche, de quelques bracelets de cuivre et avait des sandales noires. Ses bras la relevèrent péniblement, sa tête la lançait. Où était-elle ? Ces yeux ne reconnaissaient aucun des lieux qui s'étendaient devant eux mais qui lui donnaient des frissons de peur sans qu'elle sache pourquoi. Ses lèvres tentèrent d'articuler quelque chose, mais aucun son ne les franchit. Il faisait froid, sa robe était trempée par endroit à cause de l'humidité ambiante et les rayons du soleil ne pouvaient pas la réchauffer, ne touchant même pas le sol. Les longues griffes qui s'étendaient jusque sous ses pieds ne la rassuraient pas, comme si une lutte avec quelque chose d'énorme avait eu lieu. Son cœur s'apaisa lorsque son regard tomba sur une porte en bois noircie, bardée de pics en métal dont les pointes avaient fondu elles aussi, mais enfoncée, laissant un passage par lequel un adulte assez menu pouvait parvenir à se glisser.
L'inconnue se laissa glisser à terre, soulevant un nuage de poussière qui la fit tousser. Elle était arrivée dans un couloir aussi terne que la pièce précédente et tout aussi désert. Après avoir épousseté sa tunique, elle se retourna et tomba sur la porte par laquelle elle venait de passer. Celle-ci, mis à part l'enfoncement en son centre, était intacte et était gravée dans chaque recoin. Des glyphes obscurs concentriques se dessinaient plus ou moins sur le bois qui ne comportait, par ailleurs, aucune serrure. Des éclats de bois jonchaient le sol mais rien ne semblait avoir bougé depuis des années. Les torches aux murs étaient éteintes mais des petites percées régulières dans la roche offraient une luminosité raisonnable. La question maintenant était de savoir où aller et découvrir quel était cet endroit.
La jeune femme se dirigea tout d'abord vers la droite mais se retrouva face à un éboulement, l'obligeant à faire demi tour. Le couloir de l'autre côté montait en spirale, lentement. Plus elle montait, plus l'air se réchauffait et s'asséchait jusqu'à ce qu'une porte lui barre la route. Ne percevant aucun bruit et étant le seul passage disponible, l'inconnue poussa l'obstacle de bois qui céda avec un craquement sec. Le bruit se répercuta de l'autre côté. Il s'agissait d'une pièce haute, avec de multiples colonnes d'où pendaient des tentures en lambeaux. Elles avaient perdues leur couleur originelle mais on devinait encore le rouge sur lequel se trouvait une créature blanche. Les colonnes en elle même n'avaient pas de marque comme la pièce plus bas, au contraire, la trace de l'homme était omniprésente, comme si on avait tout abandonné rapidement. Des tables, des meubles brisés, des affaires entassées étaient jonchées ici et là, éparpillées. La demoiselle se jeta sur une table sur laquelle était posée une robe légère mais sèche. Encore miraculeusement blanche elle aussi, le tissu était cintré et tombait jusque ses genoux. Une ceinture noire en cuir resserrait encore plus sa taille et une petite cape blanche déchirée vint cacher une de ses épaules. Elle en déchira encore une bande afin d'attacher ses cheveux et dégager sa nuque.
Les colonnes étaient étrangement silencieuses. Chaque pas, chaque bruissement de tissu, chaque respiration se répercutait, amplifié dans l'immensité. Il en fut de même pour le cri que la jeune femme lança en tombant sur un corps desséché, nageant dans son armure de métal et de cuir, signe qu'il était là depuis plusieurs décennies, au bas mot. Un autre élément qui la perturba fut la dague plantée dans sa cage thoracique -du moins ce qu'il en restait. En observant les alentours, elle constata avec horreur que ce corps n'était pas seul. Différentes tailles, différents vêtements, des humains avaient vécus ici, s'étaient réunis et y avaient péri, qu'ils soient hommes, femmes, ou enfants. Dans quelle circonstances? Peut-être une guerre, cela expliquerait la dague fichée dans les os du malheureux.
L'angoisse commença à saisir l'inconnue. Si ce lieu était désert, abandonné, pourquoi s'était-elle réveillée ici? Pourquoi n'avait-elle aucun souvenir de son arrivée? Il lui fallait quelque chose pour se défendre. Qui sait ce qui l'attendait ici après tout. Surmontant son dégoût, elle retira la dague du corps du soldat, et la glissa à sa ceinture en prenant soin de la dissimuler sous les lambeaux de sa cape.
Un grincement la fit tout à coup sursauter. A l'opposé de l'endroit par lequel elle était arrivée, une autre porte pendait sur ses gonds, à moitié dessoclée, et grinçait sinistrement sous les courants d'air. "Porte" était un mot généreux car il n'en restait plus grand chose, sans doute enfoncée lors des affrontements qui avaient coûté la vie de tout les restes des personnes demeurant ici. Une hésitation la saisit. Continuer ou... ou... Ou quoi? En réalité, elle avait tout simplement peur car aucune autre option à part emprunter cette porte ne s'offrait à elle, à moins de revenir à son point de départ.
Prenant son courage à deux mains, la demoiselle sortit donc, tout en prêtant une oreille attentive à l'écho de ses pas et sa respiration contre les colonnes. Son coeur battait la chamade après sa macabre découverte. Non seulement elle ignorait totalement la raison de sa présence ici et n'avait aucun souvenir de ce qui s'était passé/ce qu'elle avait fait avant son réveil, mais en plus on l'avait amenée à deux pas d'un véritable massacre. Son instinct lui commandait de sortir de là, mais l'inconnu qui l'attendait hors de ses murs l'effrayait aussi. Toutefois, ce n'était pas en restant en compagnie des squelettes que sa situation s'arrangerait.
La porte détruite donnait accès à un autre escalier montant en spirale. Il y avait d'autres corps avec des armures, des bannières déchirées, piétinées sur le sol et des traces de sang sous la poussière. Comme le reste, rien ne semblait avoir bougé depuis longtemps. La seule différence avec la pièce d'avant était les rats qui s'enfuyaient à l'approche de la jeune femme. Celle-ci arrivait d'ailleurs devant une autre porte, fermée. Quelle autre horreur l'attendait? Elle tenta de chasser ces pensées de son esprit, ça ne faisait que la ralentir. Elle voulut pousser la porte mais celle-ci résista. Il fallut donner un grand coup d'épaule pour qu'elle cède enfin, un coup qui laissera sûrement un bel hématome à la frèle épaule de la prisonnière malgré elle.

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- Qu'est-ce que...

La jeune inconnue n'était pas dans un lieu similaire à ceux qu'elle venait de quitter, au contraire. Certes, l'endroit était toujours froid, en pierre mais les bougies allumées et les bancs installés indiquaient qu'il y avait de la vie. Son regard balaya les alentours, personne, pour le moment. Elle était arrivée dans une salle tout en longueur, aux hautes voûtes, éclairée par des lustres en fer forgés mais recouverts de poussières et de toiles d'araignées. Des rangées de bancs étaient dos à une gigantesque porte gravée, au dessus de laquelle se trouvaient d'autres bannières comme celle de la salle aux colonnes. Rouges, le symbole brodé dessus représentait un dragon blanc aux cornes noires. Vu de dos, ses ailes étaient étendues et sa tête était tournée vers l'arrière, faisant face à l'admiratrice et la fixant de ses prunelles dorées.
Cette représentation du dragon n'était pas la plus impressionnante cependant. Au fond de la salle, face à la porte et dans la direction vers lesquels étaient tournés les bancs se trouvait un autel. Surélevé de deux marches, des bougies au sol même éclairaient un bloc de marbre brut. Sur celui-ci reposait un crâne ayant la même forme que celui du dragon sur les bannières, facilement reconnaissable avec ses cornes. Derrière l'autel, sur le mur derrière était peint l'animal, à nouveau. Il était visiblement l'objet d'un culte, et la taille de l'oeuvre murale le montrait bien, car elle prenait tout simplement tout le mur. Les ailes allaient d'un bout à l'autre et la tête frôlait le plafond. Les détails étaient étonnants. Chaque écaille était dessinée, chaque griffe, presque chaque veine des ailes était visible. Les yeux eux étaient deux diamants jaunes reflétant la lueur des lustres, donnant un éclat inouï aux pierres, comme s'ils étaient animés et la fixaient réellement.
Mais la curiosité poussa l'inconnue à tendre la main vers le crâne de la créature disparue. Même si aucun de ses souvenirs n'avait subsisté aux péripéties qui l'avaient amenée ici, ce squelette lui semblait familier. Un frisson la saisit lorsque ses doigts effleurèrent les cornes noires. Elle caressa ensuite les os lisses, la machoire et les crocs, dont les plus longs faisaient aisément la taille de sa main.
Pourquoi y avait-il un tel culte autour de cet animal? Cette relique était-elle réelle? Vu sa taille, la créature originelle devait être énorme...

- Qu'est ce que tu fais là?

Cette voix masculine et forte la fit sursauter et elle fit volte face d'un bond. Au pied des deux marches de l'autel se tenait un jeune homme en soutane noire avec un livre épais dans les mains. La jeune femme n'eut même pas le réflexe de se saisir de la dague censée la protéger, se contentant de rester bouche bée, effrayée d'avoir été surprise ainsi. Le prêtre, ça devait être sa fonction vu sa tenue, n'avait pourtant rien qui pourrait l'agresser -sauf le grimoire s'il se décidait à le lancer- mais le regard qu'il lui jetait était sévère.

- Comment oses-tu souiller ce lieu de ta présence impure! Et avec une arme! Dis moi qui tu es et comment tu es arrivée ici et je pourrais être clément.
- Je... je...

Impossible d'articuler une réponse, la peur la paralysait. L'homme s'approcha. Il devait avoir passé la vingtaine depuis peu mais on devinait à son oeil gauche aveugle entouré de cicatrices et aux deux doigts de la main droite qui lui manquaient que la vie n'avait pas du lui être tendre.

- Comment es-tu arrivée là?

Sa voix ne s'apaisait pas et l'immensité de la salle amplifiait encore ce ton autoritaire. D'un doigt tremblant, la jeune femme désigna la porte qu'elle avait forcée pour venir ici. Le prêtre tourna son oeil valide dans cette direction avant de tourner soudainement un visage surpris vers l'inconnue qu'il dévisagea plus avant. Toute sa sévérité avait disparu. Il tenta de dire quelque chose mais ne put que bégayer. L'intruse s'attendait à n'importe quelle réaction sauf celle qui suivit: son interlocuteur lâcha soudainement son livre qui tomba avec un bruit sourd et se prosterna devant elle.

- Pardonnez moi! Je ne vous avais pas bien vu. Je m'appelle Attil, je suis votre humble serviteur.

Voilà qui était inouï. Il se moquait d'elle? D'où venait ce respect soudain? Là encore, seul le silence s'échappa des lèvres de l'inconnue, se demandant quelle réaction il lui fallait avoir. De son côté, le dénommé Attil releva la tête, attendant une quelconque instruction de son interlocutrice. Celle-ci demeurait malheureusement muette, clouée par la stupeur.

- Puis-je connaître votre nom? lâcha t-il pour parvenir à tirer une réponse.

Son nom... En avait-elle un? Sans souvenir, dur de se rappeler de quelqu'un l'appelant par un nom spécifique. Pourtant, trois syllabes lui vinrent à l'esprit, comme si c'était évident.

- Alaynna.

Attil se releva mais garda la tête courbée, tout en portant la main droite sur son coeur.

- C'est un honneur de vous rencontrer.
- Attil! Le Haut Prêtre t'attend et la prière va commencer, intervint une voix brute. Qui c'est elle?

L'interpellé se tourna vers son confrère vêtu de la même soutane mais plus usée. Il était accompagné de pauvres gens en haillons encadrés de soldats. Alaynna apprit plus tard que ce sanctuaire n'était accessible que sous escorte et uniquement avec un passe droit. Les personnes venant ici s'étaient souvent privées des années entière pour payer ce passe droit et enfin demander à ce que le Dragon exauce leurs voeux, car il n'y avait pas de lieu plus sacré dans tout le royaume.
Le prêtre fit un pas de côté pour que tous puissent voir la jeune femme avant de proclamer d'une voix forte:

- Inclinez-vous! Inclinez-vous devant Alaynna, réincarnation du Dragon de notre temps!

Et tous s'exécutèrent.

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Alaynna
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MessageSujet: Re: L'Héritière - La trahison   Dim 21 Juin - 11:19



Yeux vairons


Un oeil vert de gris, un autre doré... Quel humain aurait un oeil doré? Aucun autre sauf elle, si on daignait la considérer ainsi, et rien n'était moins sûr. Non, c'était même certain, on ne la voyait pas comme une humaine, mais plutôt une entité supérieure. Enfermée dans sa chambre, cela devait faire des heures qu'elle était devant son petit miroir rond, à observer la lumière dans ses iris vairons. Son esprit n'arrivait pas à se défaire de ce que le Haut prêtre lui avait annoncé, il y a six jours de cela. Ce récit, supposé lui expliquer son arrivée en cet endroit précis, n'avait en réalité soulevé que de multiples questions qui ne trouveraient pas de réponses si on la maintenait ici. Les deux gardes à sa porte l'empêchait de tenter une quelconque exploration, bien qu'ils étaient chargés au départ d'éviter une visite inopportune dans les quartiers de la "réincarnation". Ils attendaient que le Haut prêtre donne les ordres, prétendaient-ils.
Juste à côté du petit miroir se trouvait un grimoire aux pages jaunies et un peu écornées. C'était le seul qu'on lui avait laissé. Son contenu décrivait l'apparence, les actes et les dates d'apparition des précédentes réincarnations du dragon. Il y avait eu plus souvent d'hommes que de femmes mais tous avaient un point commun: les yeux dorés. C'était devenu le signe irréfutable de tout les héritiers du sang draconique. Un seul oeil ou les deux, tous l'avaient eu.
Alaynna avait parcouru toutes les pages et avait ainsi suivi une partie de l'histoire du pays, bien que certains détails lui échappaient. Les royaumes qui peuplaient les terres connues existaient depuis des millénaires. Cependant, le grimoire ne relataient que l'apparition des réincarnations et commençait donc le jour de la chute du dernier dragon, il y a plus d'un millénaire. La disparition de la créature divinisée ayant engendré une ère de paix, le calendrier humain avait considéré cette année comme l'année "0" et ils n'avaient plus changé d'ère depuis. La jeune femme était apparue en l'an 1058 et était la 13ème réincarnation, soit une à peu près tout les 80 ans, en sachant que les humains ici vivaient rarement au delà de 50 ans... Mais les apparitions n'étaient pas régulières. 120 ans était le record entre deux héritiers du Dragon, 15 ans était la plus courte durée. Chacun avait du combattre une menace en invoquant la magie qui circulait dans leur sang, comme si l'animal divin ne les créait que dans ce but. Par la suite, aucun d'entre eux n'était resté parmi les hommes plus que quelques années, une décennie était le maximum atteint, il y a trois siècles de cela. La raison? Aucune n'était donnée, mais le Haut prêtre pensait que les réincarnations ne vivaient que grâce à la magie qui, à force d'être utilisée pour protéger autrui, finissait par disparaître, et son détenteur avec.
L'invitée prisonnière ouvrit le grimoire à une page au hasard.

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7 ème réincarnation, homme
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Date d'apparition: An 526, 8ème jour des Istes
Nom donné par lui même: Eltnen
Age présumé: 35 ans
Signes distinctifs: Deux yeux dorés, ongles noirs courbés, cicatrice sous l'oeil droit
Faits importants: A combattu les peuples gobelins à l'est menaçant le Cristal Blanc et a repris les territoires avoisinants.
Date de disparition: An 532, 15ème jour des Agres.
Autres éléments à souligner: Se souvenait de quelques batailles menées par Iryas, 2 ème réincarnation, ainsi que des connaissances du Dragon. Résistait au feu.

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8 ème réincarnation, homme
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Date d'apparition: An 579, 28 ème jour de Losark
Nom donné par le prêtre Gyuon: Vyron
Age présumé: 16 ans
Signes distinctifs: Deux yeux dorés, cheveux blancs
Faits importants: A éradiqué la peste noire en créant un remède à base de son propre sang
Date de disparition: An 582, 17 ème jour des Istres.
Autres éléments à souligner: Grande faculté de régénération lui permettant de pratiquer la magie avec des conséquences immédiates moindres.

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9 ème réincarnation, femme
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Date d'apparition: An 665, 2 ème jour de Laym
Nom donné par elle-même: Lyan
Age présumé: 43 ans
Signes distinctifs: un oeil doré, l'autre marron, déclarée stérile.
Faits importants: A crée les sceaux protégeant le Sanctuaire où le Dragon s'est sacrifié, pour qu'aucun humain n'y aille plus jamais. A crée l'armure du Dragon permettant de briser et restaurer les sceaux.
Date de disparition: An 670, 30 ème jour de Laym
Autres éléments à souligner: Avait des souvenirs de la vie du Dragon, pouvait voir en rêve ses derniers instants et comprenait le langage draconique. L'importante utilisation de sa magie finit par user son corps et son esprit au point de la pousser au suicide.

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Chaque description était accompagnée d'une représentation enluminée de la réincarnation. Alaynna était restée des heures la première fois à observer Lyan, la première réincarnation femme, qui était devenue folle. Ce n'était pas la seule dont l'esprit n'avait pas résisté à la magie, deux autres connurent le même sort, la 5ème et 11ème réincarnation. Vivrait-elle la même destinée? Qu'est-ce qu'on attendait d'elle? Le Haut prêtre n'avait pas pu répondre à ses questions et lui avait juste garanti qu'il ferait en sorte que sa vie ici soit la plus plaisante possible.
La jeune femme pouffa en y repensant. Une vie "plaisante"? Son existence ici bas n'était limitée pourtant qu'à sauver les Hommes d'un fléau quelconque pour disparaître ensuite. Et pourtant... elle n'en était pas fâchée. C'était ainsi, un point c'est tout, il lui fallait faire son devoir. En réalité, tout lui paraissait normal... Combattre, vivre jusqu'à l'accomplissement de son devoir puis disparaître, comme tout les autres. On allait lui faire un bilan de ce qui n'allait pas, elle l'éradiquerait et la paix reviendrait. Pas le temps de se pencher sur les sentiments humains, une seule chose la guidait: son instinct.
Non, elle n'était pas humaine. La description de Lyan l'avait confirmé. Le Sanctuaire désignait ici le lieu où elle s'était réveillée, là où des humains avaient autrefois tenté de trouver refuge alors que leurs ennemis prenaient d'assaut la forteresse, devenue Temple aujourd'hui. "Pour qu'aucun humain n'y aille plus jamais", et elle en était sortie cependant, elle avait pu passer outre les sceaux pour arriver face à l'autel avec le crâne du Dragon... Avoir repris conscience à l'endroit même où son ancêtre à écailles était mort était un signe. Les roches fondues, les coups de griffes, tout était de son fait avant qu'il disparaisse.

- Pardonnez-moi.

Une voix fluette tira Alaynna de ses réflexions. Ah, c'était donc déjà l'heure du repas. Trois fois par jour, on lui apportait des repas. Rien de bien luxueux, mais amplement nourrissant. Enfin... n'ayant connu que ce qu'on lui apportait, la notion de "luxe" culinaire était encore totalement inconnue à l'héritière. Les premiers jours, elle avait tenté de parler aux serviteurs, pour avoir des informations de l'extérieur mais à part les politesses d'usage, ils n'avaient rien dit. Seuls le Haut prêtre ou Atill venaient la voir tout les jours parler un peu et l'avertir des progrès éventuels qu'ils faisaient. On lui avait en effet annoncé assez tôt que sa présence, bien qu'ils en soient tous honorés, n'avait pas lieu d'être car aucune grande menace ne pesait sur eux. Il y avait certes des crises, de la famine dans certaines régions et quelques conflits, mais rien qui nécessite un recours au Dragon. Ils en avaient donc conclu qu'une menace était à venir et essayaient de la prévoir.
Ayant compris que chercher d'éventuels renseignements auprès des serviteurs, ou même de gardes, était inutile, la jeune femme se contenta de remercier la personne et commença son repas. Sa table était orientée face à la seule fenêtre de ses appartements qui donnait sur une cour intérieure traversée par quelques prêtres. La végétation qui s'y trouvait semblait morte, sans couleurs, à moins que ce soit la saison qui veuille ça, impossible de le savoir enfermée ici.
Comment passer le temps quand les seules occupations sont donc d'attendre les repas, lire toujours le même grimoire et attendre qu'on daigne venir lui parler? A part réfléchir et tourner en rond, il n'y avait pas grand chose à faire. Juste après avoir lu le grimoire, une étrange excitation s'était pourtant emparée d'elle. Chaque réincarnation avait des capacités propres, pourquoi pas découvrir la sienne? Premier test: la main dans les flammes des bougies. Non... elle ne résistait pas au feu. Deuxième test consécutif à sa blessure: non, elle ne guérissait pas en un temps record, bien que quelques jours plus tard, toute trace avait disparu. Le Haut prêtre lui avait confirmé cependant que son prédécesseur guérissait lui en quelques heures à peine, elle restait donc dans la norme pour une entité magique. Troisième test: manipulation de la magie. A ce moment là, son excitation était retombée. Par quel moyen pouvait-elle tester ses pouvoirs? Ils pouvaient être tellement divers et se manifester de tellement de façons que c'était presque mission impossible.
Toc toc toc
Cette manière de frapper, elle la reconnut immédiatement, c'était Attil. Il entra dés qu'elle lui en donna l'autorisation et s'inclina, c'était la règle.

- Vous venez plus tôt que d'habitude aujourd'hui, souligna t-elle.
- Mes tâches étaient déjà finies, on m'a autorisé à venir vous voir, expliqua t-il placidement.

Il parlait toujours ainsi, de façon neutre, mais cela plaisait à son invitée. Lorsqu'elle s'entretenait avec son supérieur, elle avait toujours l'impression qu'il cherchait à exhorter une foule inexistante, à dramatiser, alors que lui demeurait posé. Il faut dire que les raisons des diverses réactions d'autrui lui échappaient totalement. Le deuxième jour ici, après avoir demandé à ce qu'on ne s'incline plus devant elle de manière un peu trop poussée à une servante, celle-ci avait lâché son plateau en fondant en larmes, avant de sortir précipitamment. Les courbettes, les politesses et compagnie, Alaynna n'en voyait pas l'intérêt... Si le Dragon lui avait donné forme humaine, c'était bien pour qu'elle s'intègre mieux non? Les humains se sentaient toutefois obligés de montrer du respect à outrance pour une femme qui n'avait encore rien fait pour eux.

- Quelle est l'objet de votre réflexion aujourd'hui? intervint le prêtre.
A cause de sa blessure due au feu, l'invitée avait expliqué les raisons de son expérience, il était donc au courant de son passe temps.
- J'ai arrêté les tests, ça ne mène à rien cloîtrée ici. A la place... je pensais à tout ceux apparus devant moi, comment ils ont su pour leur tâche, leurs pouvoirs... Et pourquoi, malgré le fait que vous savez que des réincarnations apparaissent, vous n'avez pourtant pas plus d'informations.

- Hmm... La magie est un domaine obscur que seuls quelques humains manipulent grâce à des cristaux. Et s'ils savent l'utiliser, la compréhension de ses mécanismes demeure un mystère absolu. Il ne faut pas oublier que les seuls êtres jamais capables de la contrôler de manière absolue ont disparu il y a plus de mille ans désormais, et vous êtes les seuls liens que nous ayons. Malheureusement...

- Nous ne restons pas assez longtemps en vie pour en savoir plus, coupa Alaynna.

Aucun autre prédécesseur n'avait donc cherché à découvrir pourquoi le Dragon avait recours à eux pour protéger les Hommes? Pourquoi leurs pouvoirs étaient toujours différents? Et surtout, comment leur ancêtre savait quand les invoquer?

- Je ne peux prétendre connaître les raisons ayant poussé mon ancêtre à protéger les Hommes, mais je trouve que c'est une étrange coutume que de retranscrire si peu d'éléments alors que votre mémoire est si peu fiable.
- Nous avons une tradition essentiellement orale, d'autant plus que nous guidons le peuple, dont une grande partie ne sait ni lire, ni écrire.
- Mais avec le temps, les mots finissent par changer, et ainsi suit l'Histoire.
- En effet, mais les mots peuvent aussi être changés par l'écrivain lui même dés le départ, si l'Histoire telle qu'elle est ne lui plait pas.
- Certes... mais dans ce cas la vérité ne serait qu'une utopie et on ne pourrait plus se fier à rien. C'est très embêtant pour quelqu'un comme moi qui ignore tout du monde.
- On peut voir ça ainsi, je ne le nierai pas.

Constatant que son interlocutrice ne relançait pas le sujet, Attil aborda autre chose.

- Puis-je demander comment vont vos cauchemars?

Ses cauchemars... Dés la première nuit, ils étaient apparus. La réveillant en sursaut les premières fois, elle s'y était habituée.

- Ca s'arrange merci, sans doute des réminiscences des cruautés subies par les pauvres gens du Sanctuaire où je suis apparue.

Bien qu'elle les ait appelés "cauchemars", l'héritière se demandait s'il ne s'agissait pas de souvenirs. Pas des souvenirs des dépouilles demeurant dans la partie scellée du Temple comme elle l'avait prétendu, mais bel et bien du Dragon lui même. Aucune image ne lui apparaissait, cependant, les sons étaient très clairs. Ils lui étaient familiers, mais étrangers en même temps, comme si elle avait déjà tout vu mais sans y avoir été. C'était toujours le même cadre: un champ de bataille. Les armes s'entrechoquaient, on entendait aussi de grosses détonations au loin puis un rugissement retentissant, couvrant tout le reste suivi d'une vague de hurlements. Ce rugissement si puissant faisait toujours accélérer le coeur de la jeune femme tout en lui glaçant le sang. Elle la sentait, comme si l'odeur était présente dans sa chambre: celle du feu et du sang, celle des flammes rongeant la chair alors que les victimes hurlaient de douleur. Sa capacité, ou l'une d'entre elle du moins, devait donc être d'avoir des souvenirs de son ancêtre. Elle le gardait pour elle cependant, ignorant la valeur de cette information. Et puis, il était difficile d'accorder une totale confiance à ceux qui l'enfermaient depuis son apparition. Peut-être que c'était normal après tout, et juste un autre signe du respect poussé à l'extrème des humains, mais ça ne la convainquait pas totalement.

- Hmm... je suis aussi venu ici pour vous annoncer que le Haut prêtre prévoit une apparition publique pour vous, d'ici quelques jours, voire plus.
- Seulement maintenant? s'étonna Alaynna, qui trouvait que les secondes se transformaient en heures ici.
- Il y a beaucoup de choses à prévoir vous savez. Vos apparitions sont toujours liées à des catastrophes diverses, il faut donc anticiper la manière dont on vous présentera pour ne pas provoquer une vague de panique dans le peuple.
- Je vois, mais si vous me cachez, le peuple ne verra t-il pas cela comme... une trahison? Le fait que vous tentiez de dissimuler la dite catastrophe, ou votre ignorance.
- Ce sont des pistes envisagées elles aussi. Nous pensons vous faire intervenir dans différentes cités, afin de montrer que vous nous aidez.
- Vous pensez me faire... intervenir? Si vous voulez faire de moi votre pion, dites le clairement, nous gagnerons du temps.
Il y avait un écart flagrant entre la jeune femme intimidée d'il y a une semaine et la jeune femme au regard perçant de l'instant présent. Attil ne semblait pas s'en offusquer, comprenant bien qu'une créature enfermée, humaine ou non, finissait soit par se soumettre soit par n'en devenir que plus agressive, et il avait pu constater quelle voie avait pris la réincarnation de son temps.
- Ce n'est pas notre intention. Comme je l'ai dit, nous voulons éviter la panique générale d'où ne résulterait que le chaos, expliqua t-il toujours aussi calmement. Le peuple ne comprendra pas pourquoi vous ne répondez pas à ses appels comme les dernières fois, ils ne comprendraient pas pourquoi les prières qu'ils viennent faire ne sont pas exaucées.

Alaynna, qui avait rouvert le grimoire à la page de la dernière réincarnation, leva ses yeux du livre et fixa le prêtre.

- Toutes les prières ne peuvent être exaucées cependant, commença t-elle prudemment, autrement, les souhaits des uns et des autres se contrediraient. Si deux rois ennemis demandent la victoire pour la même bataille, leur prière ne peut être exaucée pour les deux.
- Nous avons pu constater que ce sont dans les moments de grande détresse que le peuple s'unit contre un ennemi commun et se démène le plus pour sa survie, et pour cela, ils font appel au Dragon. Or, il n'y a aucun ennemi commun en ce moment.
- Si je comprend bien... les prières du peuple envers mon ancêtre sont les raisons pour lesquelles les réincarnations apparaissent? Plus spécifiquement quand une grande menace pèse sur tous? Et vous, les guides de ce peuple qui ne sait ni lire ni écrire, vous leur extorquez leur argent pour qu'ils achètent un passe droit leur permettant de demander la survie de votre race? Votre survie, dépend donc de votre enrichissement?

Pour la première fois depuis son arrivée, la jeune femme vit Attil sourire.

- Je suis heureux de voir à quel point vous comprenez vite ma Dame.

Alaynna n'eut pas le temps d'enchaîner sur autre chose quand un bruit sourd retentit à l'extérieur, un bruit similaire à celui de ses "cauchemars". Le prêtre jeta un regard à la fenêtre et se jeta sur sa protégée au moment où la fenêtre, et le mur, volaient en éclats. La pièce fut aussitôt envahie de fumée les faisant tousser tout les deux et les empêchant de se repérer dans ce qui était encore une chambre il y a quelques secondes.
De l'extérieur on pouvait entendre les pas précipités des gardes armés et la voix d'un capitaine beuglant ses ordres:

- TOUT LE MONDE SUR LES REMPARTS! DEFENDEZ LE TEMPLE! DEFENDEZ L'HERITIERE DU DRAGON! LES REBELLES ATTAQUENT, PAS DE QUARTIER! JE VEUX VOIR LEURS TETES ALIGNEES AU BOUT D'UNE PIQUE DES CE SOIR!

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MessageSujet: Re: L'Héritière - La trahison   Dim 21 Juin - 11:34




Sang, source de toute vie


- ILS ATTAQUENT PAR LE NORD, TOUS LES CANONS, FEU A VOLONTE! ET TROUVEZ MOI DES PRISONNIERS A INTERROGER.

Si le capitaine sur les remparts gardait la tête froide et savait ce qu'il faisait, c'était en revanche la panique à l'intérieur du palais là où les murs s'étaient effondrés. Attil et Alaynna mirent de longues secondes avant de se ressaisir et le prêtre trouva étrange qu'on ne vienne pas les évacuer alors que les appartements étaient gardés. Il prit donc les choses en main et tira sa protégée hors des lieux, tâtonnant les murs pour se repérer au milieu de la fumée et la poussière qui refusaient de s'estomper. Il brisa des morceaux de verre en marchant dessus -sûrement le petit miroir- et aperçut une masse en train de brûler. Un coin en cuir qui dépassait des flammes lui fit deviner qu'il s'agissait très certainement du grimoire laissé à la jeune femme.
Il trouva enfin la porte entrouverte et se rua dans le couloir où il était déjà plus facile de respirer. Son regard tomba sur les corps des deux gardes écrasés par les décombres et il dut faire de grands pas pour ne pas marcher dans leur sang. Alaynna elle, avait oublié tout ce qui l'entourait à la vue du sang, ce liquide épais et si rouge qui rampait dans les rainures de la pierre, gagnant du terrain, petit à petit. Elle sentait que la chaleur ne l'avait pas encore quitté et ses doigts auraient aimé pouvoir toucher si la poigne ferme d'Attil ne l'avait pas tirée en arrière.

- Pas le temps de rester ici, venez!

D'autres tirs fissurèrent les murs et dans la cohue, c'est à peine si on s'apercevait que la réincarnation fuyait, plus ou moins de son plein gré d'ailleurs. En plus de la frayeur instinctive qu'on ressent dans une situation où la Mort est très proche, il y avait aussi la curiosité de vivre un vrai combat, l'excitation, et l'impression d'avoir déjà tout vécu au travers de ses cauchemars. Les prêtres eux étaient plongés dans la panique la plus totale et cherchaient des lieux sûrs tout en voulant protéger la moindre babiole de valeur.
Trois soldats avisèrent leur précieuse invitée et l'escortèrent, ainsi que le prêtre, hors des édifices pouvant s'effondrer pour atterrir dans la cour arrière. Les rebelles semblaient toutefois avoir déjà bloqué toutes les sorties du Temple.

- Il reste une échappatoire via le canal souterrain, suggéra Attil.
- L'accès à la partie ouest a été bloquée par des effondrements, il ne reste que le passage sur les remparts où elle sera exposée, on ne peut pas y aller, objecta un soldat.

Au dessus de leur tête, un autre tir fusa. En revanche, il ne s'agissait pas d'un tir ennemi mais des canons sur les tours de défense qui visaient le point d'origine des tirs des rebelles. Alaynna ne put s'empêcher de se demander s'il était correct d'avoir des armes dans un lieu supposé sacré, mais peut-être que c'était normal s'ils étaient menacés, pour éviter un autre massacre comme celui dont le Sanctuaire garderait la trace à jamais. La jeune femme crut même apercevoir sur le visage du prêtre un rictus contrarié à la vue du canon. Il devait désapprouver, probablement.

- Les rebelles ne resteront pas longtemps, nos canons leur sont supérieurs en puissance et portée, expliqua le second soldat.
- Mais... commença Attil.
- Plus besoin de chercher à me mettre à l'abri alors, occupez vous de sécuriser la zone et de prendre en charge les blessés, intervint sèchement Alaynna.

Le danger n'était pas totalement écarté pourtant, mais pourquoi devrait-elle avoir une escorte rapprochée alors que d'autres prêtres étaient sûrement coincés sous les décombres? Une autre raison, moins avouable, de cette suggestion était de se débarrasser de son escorte et trouver un moyen de ne pas retourner dans une pièce, enfermée et gardée. Ses gardes du corps tentèrent malgré tout de protester mais le chaperon de la réincarnation donna des ordres clairs.

- Elle a raison. Assurez vous que les rebelles n'approchent pas les murs et n'entrent pas dans une tentative désespérée de nous atteindre. Faites en sorte que leurs canons soient détruits jusqu'au dernier, je ramène la Réincarnation au Haut Prêtre.

La mention du Haut Prêtre les persuada pour de bon et ils se contentèrent de les escorter jusqu'à l'intérieur à nouveau avant de se séparer d'eux. Attil s'enfonça directement dans les couloirs mais son invitée suivait... avec moins d'entrain. Elle sentait qu'on la renfermerait dans une autre pièce s'il l'amenait à son supérieur. Il fallait trouver un moyen de sortir mais à qui se fier? Les membres de ce Temple devaient encore l'informer de la menace pesant sur ces terres, et si elle sortait, rien ne garantissait qu'elle trouverait par elle même.
Son guide ne ralentissait pas, ne vérifiant même pas qu'elle suivait. C'est pour cela qu'il ne se rendit pas tout de suite compte qu'elle s'était arrêtée au moment où ils traversaient un couloir, ouvert sur une autre cour, d'où on apercevait le bâtiment principal du Temple, celui abritant l'autel. De là, on pouvait voir une cour morte, condamnée par les même stratagèmes que la porte condamnant le Sanctuaire. Mais le plus impressionnant était la tour derrière. A peine plus haute que les autres bâtiments l'entourant, elle ne possédait aucune fenêtre, exceptée près du toit. Non entretenue, des arbustes avaient réussi à pousser entre les pierres mais avaient fini par mourir, comme le reste des arbres, buissons et même l'herbe de la cour à ses pieds.

- On n'a pas le temps d'admirer le paysage, venez, l'interpella le prêtre qui avait enfin noté son absence.
- Cette tour... c'est...
- Oui, celle où le Dragon s'est enfermé et où vous êtes apparue, maintenant, venez!
- Mais, persista Alaynna, elle paraissait beaucoup plus grande de l'intérieur.
- Tout simplement car vous ne voyez que la partie hors du sol. Tout le reste du Sanctuaire est sous terre d'ailleurs, pour ça que ça servait de refuge et que vous aviez du prendre autant d'escaliers pour sortir.
- J'avais pourtant de la lumière..., protesta t-elle, pensant qu'il balançait n'importe quoi.
- Sans doute des restes de magie, qu'est ce que j'en sais? Venez maintenant!

Cette fois, il la tira par le bras pour la faire bouger et rompre la conversation qui leur faisait perdre trop de temps. Ce n'est qu'à cet instant que la jeune femme comprit qu'ils ne se dirigeaient pas vers les appartements du Haut Prêtre. Elle se souvenait du chemin emprunté le premier jour, ça n'était pas le même. En fait, on voyait même, par delà la tour du Dragon, la partie de l'édifice où ils devaient aller, mais ils se dirigeaient dans l'autre sens.
C'était louche, Alaynna stoppa net.

- Attil, où m'emmènes-tu?
- En sûreté. Allez, il ne faut pas s'arrêter, on ignore si des rebelles sont parvenus à entrer.
Son instinct lui disait qu'il mentait. Elle fit quelques pas en arrière...
- Ne soyez pas ridicule, insista t-il, venez!
- Vos défenses sont en train de reprendre le dessus, nous n'avons rien à faire ici, c'est inhabité.
- Et qu'est ce que vous en savez après être restée enfermée dans vos appartements pendant une semaine? Venez!

Il chercha à se saisir d'elle à nouveau mais la réincarnation ne l'entendait pas de cette oreille. Elle se servit de l'élan du prêtre pour l'envoyer violemment contre le mur derrière elle, ce qui le sonna assez pour qu'elle puisse repartir dans l'autre sens en courant. Elle ne comprenait pas elle-même tout les tenants et aboutissants de ce qu'elle faisait, mais son instinct lui ordonnait de fuir et elle obéissait, comme un animal regardant avec curiosité la main tendue vers lui mais qui s'enfuit dés qu'on cherche à le toucher. Peut-être que c'était sa véritable nature, celle d'un animal. Après tout, même si elle avait une forme humaine, elle était "née" il y a seulement une semaine non? Pas vraiment la durée idéale pour connaître toutes les subtilités de la sociabilité.
Des pas précipités se mirent à la suivre, il voulait la rattraper. Heureusement, son plan était déjà arrêté: le Sanctuaire. Défendu aux humains, il ne pourrait pas y mettre les pieds et elle y serait tranquille. Le problème viendrait plus tard, car comment sortir d'un lieu enfermé dans un autre? Mais pas le temps de se pencher sur la question plus avant, elle apercevait la lumière du couloir donnant sur la cour du Sanctuaire.

- Plus un geste!

La jeune femme stoppa net à nouveau, son chemin vers la liberté barré par une personne. Le visage dissimulé par un turban sale, on ne voyait que deux yeux qui la fixaient. L'inconnu tenait en plus une épée d'où gouttait du sang. Tissu déchiré, bottes rapiécées, cuir de mauvaise qualité, lame en partie rouillée bien que coupante, il n'avait rien d'un membre du Temple et devait donc être, en tout logique, un rebelle.

- Et bien quelle chance, tomber sur la Réincarnation du premier coup, les infos étaient exactes. Tu vas venir avec moi sagement maintenant, les prêtres ne feront rien pour toi de toute façon...

Fuir dans l'autre sens aurait été une option idéale si Attil n'était pas arrivé au même moment. Il pila et ne bougea plus, se demandant sans doute ce qu'il fallait faire maintenant. Heureusement, Alaynna était beaucoup plus sanguine et profita que le prêtre attirait l'attention du rebelle pour se jeter sur lui, le bousculer en faisant tomber son arme et courir vers les fenêtres lui garantissant la liberté. Elle n'avait pas vu cependant, dans la précipitation, qu'un deuxième inconnu arrivait à l'instant de sa tentative de fuite. Il lui asséna un violent coup de poing dans l'estomac puis un coup dans la nuque avec la garde de son arme avant de la laisser s'écrouler à terre, inconsciente.

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- Vous ne l'avez pas encore trouvée? Comment a t-elle pu s'évaporer? tonna la voix grave du Haut Prêtre. N'était-elle pas sous escorte?
- Elle l'a renvoyée Monseigneur, pour qu'ils aillent aider les blessés. Quelqu'un a du la mener en sûreté en attendant la fin des hostilités.
- Et elle ne serait pas revenue depuis? Personne ne l'a revue depuis hier, cherchez encore!
- Bien Mons...
- MONSEIGNEUR! entra soudainement un prêtre dont la soutane était encore tâchée de sang. Le canal souterrain, ses portes sont ouvertes, les verrous des grilles ont été forcés, fondus par le feu et... j'ai trouvé ceci sur place.

Il tendit un petit objet brillant à son supérieur qui reconnut tout de suite ce bijou: une des boucles d'oreilles de la parure offerte à la Réincarnation. Le Haut Prêtre envoya son lourd bureau de chêne valser sous le coup de la rage.

- Que tout les soldats partent à la recherche des rebelles! Ils ont réussi à entrer et à enlever la Réincarnation!

Vous, se tournant vers le prêtre venant d'arriver, ordonnez qu'on interroge les prisonniers, faites leur cracher les lieux où les traîtres se réunissent, qu'importe la manière. Ils n'ont pas pu aller bien loin, fouillez tout les villages alentours! Ne dites pas que nous cherchons la Réincarnation, mentionnez juste des otages de valeur. Soudoyez les villageois pour qu'ils parlent et tuez tout les rebelles que vous trouverez, leurs complices aussi.
Les soldats et le prêtre partirent sans attendre, laissant leur supérieur seul avec son domestique qui nettoyait le bazar provoqué par le bureau renversé. Le Haut Prêtre se posta à la fenêtre donnant vue sur la Tour du Dragon et se mit à parler pour lui.

- Les verrous ont été fondus... Hmpf... sans doute un magicien du feu, ils ont donc réussi à en soudoyer un... Tant mieux, il me faut d'autres cristaux.

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- Allez princesse, on s'réveille!

Un grand seau d'eau glacée tomba sur la jeune femme inconsciente qui ne le resta plus longtemps et se mit à recracher l'eau avalée malgré elle. La tâche, pourtant simple en théorie, s'avéra difficile après le coup de poing qu'on lui avait donné et qui avait rendu tout les muscles douloureux à chaque effort. Une simple toux était donc une véritable épreuve pour la prisonnière.
Prisonnière oui car ses mains et pieds avaient été attachés.

- C'est bon? T'en as assez de roupiller? Fini la cage dorée allez bouge toi.

L'inconnue, son visage était dissimulé mais la voix clairement féminine, trancha les liens au niveau des pieds et la releva d'une poigne ferme. Sa tenue était la même que la personne qui lui avait barré le chemin et surtout, la même épée à son côté, le sang en moins. Sans ménagement, tenant la torche, la rebelle la poussa dans un couloir naturel dans la roche et la poussait régulièrement pour l'inciter à continuer, rapidement.
Les deux femmes arrivèrent finalement dans un espace plus vaste, assez vaste pour que cinq hommes soient assis autour d'un feu et qu'il reste encore de la place pour que d'autres s'installent. Sa nouvelle "compagne" la fit d'ailleurs asseoir entre eux et lui colla un bol en bois dans les mains contenant une bouillie difficilement identifiable, mais au moins c'était chaud, et ça montrait qu'ils ne comptaient pas l'affamer.

- Avale ça, c'tout ce que t'auras à moins que tu préfères la viande crue comme ton ancêtre? cingla la femme.
- Oula du calme Tya, intervint un des hommes présents, elle vient à peine d'émerger... enfin, autant qu'on peut l'être avec tes méthodes. On devait pas la détacher complètement une fois réveillée d'ailleurs?
- C'est une descendante du Dragon, pas envie qu'elle me bouffe pour le plaisir. Si vous voulez prendre le risque, ça sera sans moi.
- Tu exagères...
- On sait même pas à quoi elle sert, et souviens-toi qu'Ityo est mort à cause d'elle.
- Oui on sait, on le regrette tous mais tout le monde connaissait les risques! Tu étais d'accord toi aussi!
*Faites comme si j'étais pas là surtout...*

Alaynna écoutait les réparties en se demandant comment elle était arrivée ici. Enfin... après avoir perdu connaissance et vu ses liens, il était évident qu'on l'avait traînée jusqu'ici mais dur de trouver les raisons quand on lui témoignait autant d'animosité. Point positif parmi ces interrogations: ils la voulaient en vie, sinon ils n'auraient pas pris la peine de la transporter jusqu'ici. Dans tout les cas, il était hors de question qu'elle touche à cette bouillie, qui sait ce qu'on y avait mis dedans. La dénommée "Tya" s'en aperçut et lui reprit le bol des mains pour en manger le contenu.

- Crève de faim si ça te chante, j't'y forcerai pas.

Un échange de regard entre les hommes présents indiqua à la réincarnation qu'ils n'approuvaient pas ce comportement mais quelque chose devait les effrayer chez cette femme antipathique pour qu'ils n'osent rien dire. Le silence retomba un bref instant quand une voix intervint dans son dos.

- Nous ne l'avons pas sortie du Sanctuaire pour la laisser mourir de faim. N'oublie pas notre mission Tya.

Deux bras se saisirent de ses poignets pour la délivrer de ses liens avant qu'elle bondisse sur ses pieds en se retournant pour faire face à cette voix familière. Devant elle se tenait Attil, en grossiers vêtements de voyage, ayant laissé tomber ses vêtements de prêtre. Le sang d'Alaynna ne fit qu'un tour et elle se rue sur le prêtre/rebelle qui ne résista pas et semblait même s'amuser de la réaction épidermique de la jeune femme. Son sourire s'estompa quelque peu quand ses deux hommes eurent du mal à repousser leur invitée qui commençait à resserrer ses doigts autour de sa gorge. Un violent coup porté à sa tempe la fit enfin basculer sur le côté, libérant Attil de son emprise. Il fit signe aux autres de la laisser.

- Enfin une réaction digne de son héritage *il toussa pour retrouver une voix normale après la strangulation*
Bienvenue chez les Eveillés, Alaynna. Grâce à toi, nous allons enfin restaurer la vérité et la suprématie des Dragons.

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MessageSujet: Re: L'Héritière - La trahison   Dim 21 Juin - 12:12




La vérité et l'instinct





Attil restait très souvent avec elle tout en dirigeant le groupe. S'il n'était pas à la tête des rebelles, leur leader, de part sa position d'informateur infiltré, il avait gagné en estime et en hiérarchie et était quand même obéi de tous. C'est lors de leurs petites conversations qu'il expliqua à Alaynna le bien fondé -croyait-il- de leur rébellion face aux Templiers. Comme déjà abordé l'après midi même de l'attaque du Temple, ces hommes qui se disaient "pieux" extorquaient les maigres moyens qui restaient au peuple juste pour leur montrer le crâne du Dragon. Il fallait ajouter à cela les recherches sur la magie qu'ils pratiquaient sur les plus pauvres et dont la plupart ne survivait pas. Il y avait aussi très peu de "riches". Une grande majorité d'entre eux était des prêtres envoyés dans les régions externes et quelques seigneurs qui maintenaient l'oppression du peuple grâce à leurs soldats.

- C'est bien beau ces histoires, avait coupé Alaynna, mais quel rapport avec le Dragon? Vous voulez vous servir de moi pour renverser tout les prêtres qui existent?

Son chaperon avait souri, mais c'était un sourire las.

- Non. Enfin... nous espérons plutôt que vous finirez par vous joindre à nous de votre plein gré. La suprématie des Templiers vient de leur main mise sur le Sanctuaire, inviolable grâce aux sceaux. Or, une de vos prédécesseurs, Lyan, a crée un artéfact capable de les briser, et nous voudrions votre aide pour ça.
- Détruire le Sanctuaire? Pourquoi je vous aiderais à détruire le dernier lieu où s'est trouvé mon ancêtre?
- Parce que la vérité telle qu'on vous l'a décrite n'est pas l'Histoire telle qu'elle s'est vraiment déroulée. Lyan a été la première réincarnation à s'en apercevoir et nous a fondé nous, les Eveillés pour changer le cours des choses. C'est également suite à ces révélations qu'elle a crée l'Armure, qui est la clef de tous nos projets.
- Lyan... une des réincarnations qui a fini folle?
- Là encore c'est un de leurs mensonges. Ils ne pouvaient admettre qu'ils avaient perdu le contrôle de l'Héritière, alors ils l'ont déclarée folle... *court silence* Nous avons des preuves. S'ils ont censuré ou effacé tout ce qui ne leur plaisait pas, nous avons nos propres historiques et nos propres écrits qui finiront par être connus de tous quand la vérité éclatera.
- Ca ne me dit toujours pas ce qu'est cette "vérité", il faut me la dire si vous espérez avoir ne serait-ce que ma bonne volonté de vous suivre.
- Pas ici, avait répondu Attil. Nous allons dans un lieu sûr, en attendant, c'est tout ce qu'on peut vous dire.

Alaynna n'avait pu en savoir plus, que ce soit sur cette fameuse vérité capable de la faire passer dans leur camp ou sur leur destination.
Ses pensées se bousculaient toutefois alors qu'on lui bandait les yeux, une précaution pour qu'elle ne puisse donner aucun indice à leurs ennemis si on la capturait. Qu'ils fassent ce qui leur plaise après tout, ça laissait le temps à Alaynna de réfléchir, bien que ses informations soient limitées. Le monde ne pouvait pas être parfait, sinon elles, les réincarnations, n'existeraient pas, mais ils pouvaient l'améliorer pour un certain temps du moins. Ces personnes se croyant justes étaient-elles vraiment celles à aider? Avoir les meilleures intentions n'empèchent pas de provoquer des catastrophes et c'est pour cela que la prisonnière demeurait sur ses gardes. Il était cependant tout à fait possible que l'ennemi à abattre soit réellement ceux possédant la relique de son ancêtre. Quiconque l'avait en sa possession avait aussi le sort du monde entre ses mains et des dérives pouvaient avoir lieu. Seulement, en mille ans, ces prédécesseurs se seraient rendus compte de quelque chose non? C'était peut-être la raison pour laquelle Lyan avait fondé les Eveillés comme Attil l'a prétendu. Même dans ce cas cela dit, rien ne lui garantissait que ces rebelles ne cherchaient pas simplement à contrôler le Crâne à leur tour. Une idée stupide au final car ils ne contrôlaient pas l'apparition des réincarnations, ni leur tâche, ni leurs pouvoirs... La réflexion n'était pas aisée en somme, il lui manquait trop d'éléments pour se faire sa propre opinion définitive.

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Troisième jour de voyage, deuxième pause.

Le bandeau enlevé, Alaynna mit du temps avant de s'habituer à la luminosité du plein midi. Assise sur un rocher, deux hommes restaient constamment auprès d'elle tandis que les autres répartissaient les parts de nourriture de chacun. Comme le feu était proscrit pour ne pas être repérés, les repas étaient tous les mêmes: pain rassis et viande séchée avec une piquette infâme qu'Alaynna avait failli recracher sous les rires la première fois. Elle s'était aperçue alors que malgré la petite semaine passée avec les prêtres, elle avait pris goût à ses repas chauds avec viande, légumes, bière et pain frais ainsi qu'à son bain. A cheval depuis trois jours, dans les mêmes vêtements que le jour de l'attaque, sans avoir pu aller dans l'eau, son odorat percevait très bien l'odeur peu alléchante qu'elle dégageait, tout comme celle des autres. Ses yeux se posèrent sur sa robe mutilée, arrachée jusqu'en haut du genou et fendue de chaque côté pour lui permettre de monter à cheval normalement. Ce n'était plus que du tissu bon à en faire des chiffons. Tout cela, sans compter la boue qui la maculait de la tête aux pieds, suite aux courses récurrentes pour garder de la distance entre eux et leurs poursuivants. On lui avait bien donné une cape longue, mais en plein galop elle restait rarement bien en place, laissant le champ libre à toutes les mottes soulevées par les chevaux devant elle.
Alors qu'elle mastiquait avec application un bout de semel... viande séchée, la jeune femme perçut une odeur étrange, flottante, familière mais... pas assez forte pour l'identifier clairement. S'arrêtant dans ses mastications, elle huma l'air en cherchant la source. Pas évident, c'était trop diffus encore... Elle se mit alors à renifler l'air, à la manière d'un chien cherchant une piste, ce qui attira l'attention d'un de ses gardes, dénommé Itorym.

- Qu'est ce qui te prend? Tu retournes à l'état sauvage?

Si Tya était celle qui la méprisait et haïssait le plus, d'autres passaient le temps à constamment chercher chez leur "invitée" des traits distinctifs d'un dragon, bien qu'ils n'en aient jamais vu, dont Itorym qui ne manquait jamais une occasion de la dévisager. Alaynna l'ignora et continua de sentir l'air, percevant que la source se rapprochait. Son regard se posa vers Tya, qui revenait au camp après être partie faire ses petites affaires à l'abri des regards. L'identifiant comme la source, elle se leva et alla à elle à grands pas, sous les regards des autres hommes du camp, se demandant ce qui se passait.

- Qu'est ce que tu m'veux toi? l'accueillit Tya.

Toujours sans prêter la moindre attention à ce qu'on lui disait, Alaynna se colla à l'autre femme et se mit à la renifler, comme enivrée par l'odeur qu'elle seule semblait percevoir. Puis elle s'arrêta, se redressa et déclara seulement à sa 'rivale'.

- Tu empestes le sang à des kilomètres.

Les spectateurs demeuraient silencieux, ne sentant rien de particulier eux, et se demandant surtout quelle réaction aurait leur compagne dont les sautes d'humeur pouvaient éclater comme un orage.
Cette dernière avait rougi à la mention du sang mais seule Alaynna le remarqua, bien qu'elle n'en comprit pas la raison. Elle allait d'ailleurs demander pourquoi cette odeur lui collait tant à la peau, comme si elle se l'était étalée sur tout le corps, mais la seule réaction de Tya fut de la pousser en arrière.

- Bien sûr qu'il y a l'odeur du sang, je suis une femme, une vraie, pas une pâle copie d'humain avec l'odorat d'un chien.

A nouveau, la réincarnation ne comprit pas à quoi elle faisait référence, mais comme tout le monde se désintéressa de la situation suite aux dires de Tya, elle en déduisit que ça devait être normal. Toutefois, quelque chose la dérangeait toujours.
Tandis que sa rivale allait la dépasser, Alaynna la saisit soudainement à la gorge, lui arrachant un cri étranglé. Tout les autres, alertés, sortirent les armes mais furent stoppés net par la surprise quand l'agresseur pressa ses lèvres contre celles de Tya. Du moins, c'est ce qu'il leur sembla de là où ils étaient.

- T'es complètement malade! hurla la victime une fois libérée de l'emprise.

Tous purent alors voir les lèvres en sang des deux femmes et leur prisonnière qui se les léchait avec un plaisir évident. Dans son esprit parasité par son héritage draconique, Alaynna avait imaginé que le moyen le plus efficace de connaître cet élément inconnu était de le tester directement, et la zone du corps à portée où la peau était la plus fine était bien les lèvres. C'est le sourire carnassier, essuyant la dernière goutte de sang au coin de sa bouche, qu'elle mit un mot sur ce goût si particulier.

- Je connais l'odeur du sang humain grâce à votre merveilleuse attaque. Le tien... a quelque chose en plus. A vrai dire, c'est la même chose que dans mon sang, mais je ne l'ai pas su tout de suite à cause de...

Elle désigna Tya vaguement d'un signe de la main en la dévisageant de haut en bas.

- ...ça ... Ton sang humain a corrompu l'essence de magie qui parcourt tes veines, l'a rendue faible...
- La magie? intervint Attil qui était vivement intéressé par tout aspect du Dragon qui daignait se dévoiler.
- Quelle gloire... notre descendante du lézard arrive à renifler le sang comme les chiens de chasse, cingla Tya. Ca montre juste qu'elle est encore moins humaine que le rocher sur lequel je m'assois.
- Au moins nous sommes d'accord sur un point, se contenta de répliquer Alaynna encore sous l'enivrement du sang frais.
- La magie de Tya nous a sortis d'un mauvais pas plus d'une fois, c'est un des rares mages qui a rejoint notre cause. J'ignorais toutefois que la magie avait un... goût particulier... A moins que ça soit une des capacités des réincarnations. Elles dépendent très souvent de la tâche qui leur est assignée. Vyron avait un pouvoir semblable avec le sang et il a guéri des milliers de personnes, argua l'ex-prêtre.
- Je doute que ça soit pareil aujourd'hui, répondit la concernée. Je parviens juste à distinguer la magie à partir du sang humain, je ne sais pas m'en servir...
- Et inutile en plus de ça... continua l'agressée dont le sang gouttait toujours de sa lèvre ouverte.
- Ce n'est pas à ignorer pour autant, ça a forcément une utilité, persista Attil. Allez tout le monde! Finit la pause, on repa...

L'ex-prêtre fut interrompu par une flèche qui se ficha dans son épaule gauche, le faisant tomber. Tout le monde se mit sur le pied de guerre en une fraction de secondes alors qu'une autre salve de flèches plut sur eux. Tya aida Attil à se plaquer contre un arbre pour éviter les projectiles. Tous firent de même, en grande partie du moins, car deux furent touchés en pleine poitrine ainsi qu'un des chevaux au niveau de la croupe.
Les rebelles répliquèrent à leur tour, bien que l'ennemi semblait indéniablement supérieur en nombre.

- Emmenez l'Héritière! Mettez là en sûreté à tout prix! hurla Attil après avoir enlevé la flèche de son épaule.

Itorym et son compagnon obéirent sans attendre et enlevèrent Alaynna du creux de l'arbre où elle s'était réfugiée pour éviter les flèches. D'autres projectiles ennemis tentèrent de les abattre mais ils ne firent que les effleurer. On donna l'assaut, et des soldats en armure arborant le blason du Sanctuaire les attaquèrent. Malgré la cohue, on entendit même un capitaine ordonner au loin:

- Ne touchez pas la Réincarnation, il nous la faut vivante, tuez tout les autres!

La jeune femme et ses deux protecteurs arrivèrent aux chevaux totalement paniqués. Ils la mirent en selle la première et grimpèrent à leur tour, suivis de près par Attil, Tya et quatre autres rebelles qui avaient compris que la fuite était leur seul moyen de survie. Ils s'élancèrent parmi les arbres, mais les soldats les avaient encerclés. Pas de retour en arrière possible, soit ils passaient, soit c'était la potence pour tout les rebelles. Itorym et l'autre homme, tout deux en tête de file, parvinrent à repousser plusieurs soldats mais un d'entre eux réussit à blesser le cheval du compagnon d'Itorym, le faisant tomber. Les autres cavaliers l'évitèrent de justesse mais personne ne fit demi tour pour lui porter secours, trop risqué. Regardant en arrière pour voir ce qui allait lui arriver, Alaynna vit plusieurs soldats se précipiter autour du rebelle.
Des cavaliers ennemis s'étaient lancés à leur poursuite et tuèrent un autre rebelle d'une flèche dans le dos. Les chevaux devaient eux aussi sentir le danger car rien ne les faisait ralentir, pas même le sol escarpé alors qu'ils s'approchaient d'un col de montagne. Les chevaux ennemis avaient un peu plus de mal à garder leur équilibre avec ce sol rocailleux mais restaient malgré tout proches des fuyards.
La course sembla durer des heures à Alaynna dont les oreilles sifflaient régulièrement à cause des flèches qui les frôlaient. Deux autres rebelles tombèrent. L'un à cause de son cheval -celui qui avait été blessé- et qui glissa dans un virage avant de tomber dans le ravin avec son cavalier, et l'autre à nouveau à cause d'un coup d'épée dans le dos.
Le paysage ne leur laissait qu'une seule piste praticable, pas de moyen de se disperser comme en forêt, pourquoi s'étaient-ils aventurés là? La réincarnation se voyait déjà capturée à nouveau et ramenée au Sanctuaire. Sa situation était plus qu'inconfortable... Les deux partis la voulaient vivante, de son côté elle n'avait aucune opinion et pourtant à chaque moment, elle était soit d'un côté, soit de l'autre. Bien qu'elle ne sachait pas humaine après avoir goûté le sang de Tya, la différence avec le sang était trop flagrante, n'être vue que comme une énigme à résoudre n'était pas enviable pour autant. Et sur ce point, les rebelles ou les prêtres, c'était du pareil au même.
Après un énième virage, ils arrivèrent le long d'une falaise avec une cascade dont le bruit assourdissant couvrait les sabots des chevaux. Cette course folle n'aurait donc aucune fin? Comme pour répondre à cette question, les rebelles s'arrêtèrent et firent volte face pour voir les soldats ennemis arriver. Epées sorties, ils poussèrent à nouveau leurs montures quand ils virent leurs ennemis à l'arrêt. Alaynna paniqua un court instant. Ils avaient décidé de leur faire face au corps à corps maintenant? Une pluie de flèches lui répondit. Cachés dans les sillons de la roche, des archers abattirent les cavaliers sans en épargner aucun, ne laissant que le bruit de la cascade derrière eux.
Itorym et Tya descendirent de leurs chevaux et allèrent s'assurer qu'il n'y avait aucun survivant. Ils en profitèrent au passage pour garder tout ce qui pouvait leur être utile, aidés peu de temps après par les archers.

- Quelle surprise, vous n'étiez pas supposés venir par là, s'immisca une voix masculine derrière eux.
- Ils nous sont tombés dessus dans la forêt d'Erayn. Ils étaient trop nombreux pour qu'on s'en sorte, répondit Attil, sa main valide compressant sa plaie.
- Vous avez de la chance que les chevaux n'aient pas glissés... Et... il n'y a que vous?

Le silence qui répondit à l'inconnu lui donna sa réponse. Oui, ils étaient peu à s'en être sortis, bien que dans la mêlée en forêt, ils n'avaient pas pu voir si d'autres avaient pu prendre la fuite. L'archer se tourna ensuite vers Alaynna, seule inconnue du groupe.

- Je suppose que vous êtes l'Héritière. La description d'Attil était fidèle. Je vous en prie Madame...

Il tint la bride de son cheval et tendit une main pour l'aider à descendre. Il fallait avouer que les derniers jours en selle ainsi que leur course poursuite avaient mis à rude épreuve les muscles et articulations de la réincarnation, mais elle ne laissa rien paraître. Une fois à terre, l'inconnu, qui la dépassait de presque une tête, s'inclina légèrement.

- Sören, pour vous servir. Bienvenue à la Cascade des Larmes.

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Alaynna
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MessageSujet: Re: L'Héritière - La trahison   Dim 21 Juin - 12:21




Nous ne sommes pas seuls



- Vos appartements sont ici. Ce n'est pas le grand luxe mais on doit faire avec ce qu'on a, pas de privilégiés.

C'était le moins qu'on puisse dire. Devant faire leur rapport et/ou être soignés, les rebelles qui avaient fui avec elle avaient laissé Alaynna entre les mains de Sören, un autre chef de la rebellion au même titre qu'Attil, mais chargé principalement de la formation au combat des jeunes recrues et à l'inventaire des armes. Mais pour le moment, il était assigné à l'escorte de l'Héritière. En bon guide, il avait donc commencé par faire préparer des "appartements" à leur invitée. Des "appartements" qui ne se limitaient qu'à une seule pièce à vrai dire, taillée dans la roche, éclairée par de nombreuses bougies faisant aussi office de source de chaleur.
Le repaire des rebelles était en effet une véritable cité souterraine, creusée à l'intérieur de la montagne et dont la Cascade des Larmes était une des entrées. Si le niveau le plus bas était réservé à l'entrepôt de la nourriture et des bêtes, les niveaux supérieurs, reliés par des escaliers de bois, des passerelles suspendues et autre, servaient de logement aux rebelles et aux familles dépossédées de leurs terres et/ou voulant fuir l'oppression des prêtres. Ils entretenaient et fournissaient ainsi les combattants jusqu'au jour où ils seraient libérés de la tyrannie, une libération qui attendait depuis déjà des siècles.
Pour en revenir à l'appartement de notre réincarnation, ce n'était donc pas un palace, mais une simple pièce assez spacieuse cela dit. Elle contenait une paillasse à même le sol, une table avec chaise ainsi qu'un simple tabouret sur lequel était posé une bassine d'eau. Dans un coin non loin du lit se trouvait un coffre contenant couvertures et des vêtements plus appropriés que les guenilles qu'elle portait actuellement. Cette brève visite se termina tandis que Sören se retirait, prévenant qu'il lui ferait monter un repas et qu'elle pouvait profiter de ce temps pour se laver et se changer.
Alaynna ne se fit pas prier et à peine la porte fermée -un luxe en soi puisque beaucoup d'autres devaient se contenter d'une couverture-, elle se débarrassa de ses frusques, les jeta dans un coin et commença à se laver. L'eau était froide comme la glace et les bougies -une bonne dizaine à la fois sur la table et le sol- ne fournissaient pas beaucoup de chaleur. Toutefois, après avoir dormi à la bonne étoile sur l'humidité de la terre plusieurs nuits de suite, c'était supportable. L'eau devint vite noire entre le mélange de poussière, de boue et de terre mais c'est une jeune femme rafraîchie qui enfila des vêtements propres et secs. Eux non plus n'étaient pas de grand luxe mais ils étaient chauds et confortables.
Une fois cela fait... il ne restait plus qu'à attendre et la réincarnation en profita pour reposer ses muscles endoloris sur la paillasse. Cinq minutes, trente, une heure, aucune idée... le fait est que des coups francs firent soudainement bouger la porte sur ses gonds et coupèrent Alaynna dans son repos.

- Notre chef souhaite vous voir, suivez moi, déclara simplement l'inconnu dés la porte ouverte. Votre repas sera servi là bas.

Devant admettre que la vision d'un repas chaud, ne serait-ce qu'un bouillon, la faisait saliver d'avance et grouiller son ventre, elle suivit l'homme sans mot dire. Il la conduisit deux niveaux au dessus où les personnes la dévisageaient et murmuraient à son passage. De toute évidence, l'annonce que la réincarnation était là avait déjà fait le tour. Ils s'arrêtèrent quelques temps plus tard devant deux soldats qui s'écartèrent à leur arrivée. Son guide la laissa là et lui dit d'entrer directement. En effet, il n'y avait qu'un virage à franchir pour arriver devant une seule porte. A peine entrée qu'on accueillait déjà l'invitée.

- Aaah tu étais déjà prête, parfait! lança Sören, affalé sur un siège, les pieds sur la grande table centrale et croquant dans une pomme bien mûre, ayant de toute évidence oublié entre temps la politesse dont il avait fait preuve plus tôt.

La pièce était immense, pouvant accueillir sans problème une centaine de personnes. Outre la table centrale, il y avait au fond un bureau ainsi que de multiples étagères remplies de livres. Le détail qu'on ne pouvait pas louper se trouvait lui sur le mur du fond, derrière le bureau. Faisant trois à quatre mètres de haut, il s'agissait d'une tapisserie représentant une femme en armure, aux cheveux noirs et courts et surtout un oeil doré et l'autre marron. Au dessus d'elle se tenait un blason: deux ailes enflammées entourant un oeil avec un mot au dessus: Eveillés.

- Il s'agit de notre symbole de ralliement, l'oeil des Eveillés protégé par le Dragon. Le mot au dessus signifie d'ailleurs "Eveillés", expliqua le seul inconnu de la petite assemblée.

Oui bien sûr que c'était ce mot. Il était seulement écrit en langue draconique, et seuls quelques héritiers pouvaient le lire. Voilà donc une capacité à écrire à propos de la treizième réincarnation, enfin.

- Je vous en prie, installez vous.

Fixée par ceux présents: Sören, Tya, Attil, deux compagnons l'ayant escortée ces trois derniers jours et enfin l'inconnu qui venait de parler, Alaynna alla s'asseoir toujours sans un mot. Elle sentait le regard de l'inconnu qui l'observait, comme pour retenir chaque détail de son anatomie, pour percer à jour chaque expression qu'elle pouvait laisser transparaître sur son visage. Un silence pesant était tombé, à peine rompu par les bruits de mastication de l'archer mais l'inconnu daigna enfin reprendre la parole.

- Je dois dire qu'au moment où on m'a dit qu'Attil revenait par la Cascade, j'ai tout de suite su que quelque chose avait mal tourné et j'ai eu peur pour vous tous. Heureusement, vous êtes arrivée à nous saine et sauve.

Que fallait-il répondre? Qu'heureusement en effet, sa vie de 10 jours sur cette terre n'avait pas tourné court grâce à la mort des autres anonymes qui l'avaient escortée? Ironique pour une personne supposée être apparue pour sauver les Hommes.

- Vous êtes? se contenta donc de demander la jeune femme qui se sentait aussi à l'aise qu'un agneau au milieu de loups.
- Où sont mes manières! Je suis Ulfrick, 14ème dirigeant des Eveillés, bienvenue parmi nous.

Alaynna le fixa. Ils comptaient vraiment les dirigeants? Cela sembla quelque peu inutile à la jeune femme mais soit. Son attention fut de toute manière détournée par l'arrivée d'un bol de soupe fumant avec du pain, qui semblait beaucoup plus frais que ce à quoi elle avait été habituée lors de sa fuite.

- Je vous en prie, invita Ulrick, distinguant la lueur de convoitise dans les yeux de son invitée à la vue du repas.

L'Héritière ne se fit pas prier et ignora la cuillère en bois pour boire directement au bol, quitte à se brûler les lèvres, la langue et au final toute la bouche.

- Tu aurais pu lui apprendre les bonnes manières Attil, fit Tya en aparté.
- Et tu aurais pu apprendre à te servir correctement de la magie avant d'avoir un cristal, ça aurait évité que tu crames les écuries et une étable mais on t'a quand même laissé faire, rétorqua Sören.

La réincarnation ne prêta aucune attention aux paroles échangées avant d'avaler une autre gorgée brûlante et, ne voulant pas attendre plus longtemps de connaître la raison de sa convocation ici, ne passa pas par quatre chemins.

- Et sinon, qu'est ce que vous voulez de moi? Attil a parlé d'une vérité que Lyan avait découverte. Faut-il que vous soyez tous là pour me l'apprendre? C'est si terrible?

Quoique n'ayant quasi pas d'expérience de la vie, la notion de "terrible" lui était quasi inconnue, n'ayant rien connu de vraiment traumatisant jusque là... ou n'étant tout simplement pas assez humaine pour le ressentir.

- Nous faisions juste notre rapport, expliqua l'ex-prêtre avec le bras blessé en écharpe.
- Attil m'apprenait justement votre capacité de distinguer la magie dans le sang, et votre attrait pour celui-ci, relança le chef rebelle.
- Les dragons ont toujours été carnivores, je ne vous apprend rien j'espère, cingla Alaynna en sifflant les dernières gorgées de bouillon.

Ulfrick eut un petit rire et alla au niveau des étagères alors qu'on débarrassait le bol vide de l'invitée. Il chercha un ouvrage particulier quelques instants puis revint avec un petit livre, presque invisible au milieu des épais grimoires poussiéreux. Ce petit livre, à peine un amas de feuillets à vrai dire, était relié par du cuir sur lequel on devinait des rainures anciennement d'or. La réincarnation se saisit du petit objet entre ses doigts fins et abîmés pour l'examiner sous tout les angles.
En ouvrant la première couverture, c'est à peine si elle entendit le chef rebelle lui dire qu'il s'agissait du journal de Lyan, écrit en langue draconique. La langue dans laquelle il était écrit, elle le voyait bien, ce qui l'intéressait plus était l'odeur qui s'en dégageait. Trois éléments se mélangeaient. Les deux premiers étaient l'encre avec l'odeur du parchemin usé par le temps quant au troisième...
Les autres convives eurent le loisir de voir leur invitée renifler à pleins poumons le livre ouvert à plusieurs reprises. Ulfrick et Sören étaient les plus surpris, n'ayant pas déjà vu tel spectacle même si on leur avait rapporté. La réponse à leurs interrogations arriva justement avant qu'ils ne les formulent à voix haute.

- Du sang a été mélangé à l'encre... le sang de Lyan je suppose... j'y sens une bestialité non humaine, comme la mienne... expliqua la réincarnation, sourire aux lèvres.
- J'avoue que c'est impressionnant, exprima l'archer qui avait enfin fini sa pomme. Après quatre siècles, pouvoir encore le remarquer...
- Les légendes disaient vrai alors, s'amusa Tya, ce bouquin a vraiment été écrit avec son sang.
- Une sûreté, afin que les réincarnations suivantes constatent qu'il ne s'agisse pas d'un livre factice mais bel et bien de ses paroles, expliqua le chef des Rebelles.
- C'est écrit en langue draconique, souleva Sören, qui d'autre aurait pu l'écrire en dehors des descendants du Dragon? Ils n'étaient même pas tous capable de la lire.
- En effet, c'est pourquoi sa traduction s'est transmise de chef en chef, mais son contenu ne doit pas pour autant tomber dans toutes les oreilles. Mais dites moi Alaynna, faites vous partie des réincarnations capable de la lire?
- N...non, malheureusement, répondit la jeune femme. J'en suis incapable.

Au contraire, elle en était tout à fait capable mais leur faire confiance les yeux fermés était encore trop demandé. Le premier test serait donc de vérifier leurs dires sur le contenu de ce livre avec les écrits eux même. L'Héritière demanda donc si le contenu de ce livre était cette vérité qu'ils souhaitaient lui faire connaître. Ulfrick le confirma et lui dit de prendre la carte à la fin du livre après avoir congédié tout le monde, sauf ses plus proches collaborateurs à savoir Attil et Sören, ses lieutenants et Tya, une des rares mages alliée à leur cause.

- Le Temple se trouve dans cette petite région *il montra un point sur la carte* la seule région officiellement sous sa coupe mais en réalité, toutes les autres dépendent des prises de position du Haut-Prêtre. Seulement, ce n'est pas ce qui nous intéresse mais autre chose, une contrée non explorée, au delà des mers.
- Je ne vois rien sur cette carte, pointa justement la jeune femme.
- Tout simplement car nul homme n'y est jamais allé. Nous savons malgré tout que ces terres existent et le sceau du Dragon, qui était une nécessité, nous fait du tort également.
- Mmmh... et vous le savez comment? Et quel rapport aussi? Des terres inconnues, mon ancêtre, le sceau de Lyan... oui c'est bien mais en quoi ça m'éclaire?
- J'y viens. Attil m'a dit que tu avais pris connaissance des caractéristiques de chacune des réincarnations. Tu dois donc savoir que Lyan avait des souvenirs du Dragon, c'est ainsi qu'elle a su que nous n'étions pas seuls.
Ulfrick tourna délicatement les pages usées du journal et lui montra une enluminure représentant un autre dragon que celui des étendards présents au Temple.
- Pendant des siècles, nous avons cru que votre ancêtre était le dernier dragon et pourtant voici la preuve du contraire. Pour étayer ses connaissances, Lyan s'était servie des mémoires d'un de ces prédecesseurs, le septième, Eltnen qui avait aussi des connaissances d'une race que nous avons cru disparue.

Il tourna à nouveau quelques pages pour arriver sur une représentation d'un cristal.

- Ils ont découvert en plus que les dragons étaient à l'origine de la magie et pouvaient la transmettre en condensant l'énergie pour en faire des cristaux. Les rares hommes capables de s'en servir avaient donc été choisis, pour aider dans la lutte contre le fléau qui a poussé votre ancêtre à son geste fatal. Quand il s'est éteint, puisqu'il était le dernier, nous étions donc supposés ne plus pouvoir l'utiliser, pourtant Tya est la preuve que c'est toujours le cas. La raison est simple: parce qu'ailleurs les dragons existent toujours.
- Jusque là c'est logique, mais s'ils existent toujours, pourquoi ne sont-ils jamais venus ici en mille ans? N'avez-vous pas d'autres traces? demanda Alaynna qui était un peu perdue dans les explications.
- Eltnen a supposé qu'ils ne venaient pas car ils ne savent tout simplement pas ce qui se passe ici, les deux terres n'ayant jamais été en contact, intervint Attil. Or, à l'époque de la réincarnation de Lyan, la nature était perturbée, les quelques mages connus ne parvenaient plus à utiliser la magie tout simplement car elle se dispersait, s'estompait... La création des sceaux a permis de canaliser l'énergie que le Dragon a laissé grâce à son sacrifice et a restauré l'équilibre. Seulement,... votre réincarnation précédente a découvert que cela créait aussi un champ de magie tout autour de nos terres et empêchait tout contact avec les autres.
- Ce n'est pas faute d'avoir essayé, souffla l'archer.
- Si les sceaux maintiennent l'équilibre de ces terres, je ne vois toujours pas en quoi les détruire serait utile, signala l'héritière qui parvenait quand même à suivre le fil principal.
- Pour une raison simple: notre magie s'estompait car cela fait plusieurs siècles que votre ancêtre nous a quitté. Ramener des dragons ici assurerait la relève, restaurerait notre énergie et aurait en plus le plaisant avantage de faire tomber le Temple, tout en soulageant le Dragon sacrifié du fardeau de nous protéger même de l'au-delà. Tout ce qu'il faut faire, c'est briser les sceaux et vous emmener sur les terres inconnues afin de demander l'aide de vos pairs. Même si nous leur sommes inconnus, leur sang coule dans vos veines et ils seront donc plus à même d'écouter vos arguments.
- Vous voulez vraiment m'utiliser comme un pion alors...
- Ce n'est pas précisément le but de ton existence? cingla Tya, qui n'avait pas totalement tort en fait.
- On ignore toujours quelle est ma tâche. Mon temps ici est compté, je ne suis pas immortelle et je peux avoir deux ans à vivre comme une décennie. Cette expédition est trop risquée pour l'humanité. Cela pourrait faire perdre un temps précieux, si ce n'est pas la totalité, juste pour une tentative qui n'est pas certaine d'aboutir.
- En tant qu'Héritière, n'aimeriez-vous pas rencontrer vos pairs? s'immisça Attil. Vous seriez la première réincarnation à en voir en chair et en os, peut-être qu'ils pourraient même prolonger votre existence pour que vous en profitiez pleinement.

Ce dernier argument la laissa sans voix. En effet, voir des dragons est une opportunité difficilement négligeable et la tentation était forte. Elle n'en restait pas moins en plein doute, à réfléchir sous cette pluie d'informations. Pourquoi n'avait-elle pas hérité elle aussi des souvenirs de son ancêtre? Ulfrick fit alors part d'une de ses théories.

- Attil m'a dit que votre tâche n'a pas encore été découverte, et plus préoccupant, que rien n'appelle votre présence pour le moment. Et si votre tâche était la découverte de ces terres? La douzième réincarnation a découvert la cause des échecs répétés de nos expéditions et il y a quatre siècles, Lyan a du manipuler la magie pour l'empêcher de se disperser. Cela faisait donc six siècles que le Dragon avait trépassé et son énergie défaillait, et si la magie de Lyan était semblable et commençait à disparaître à son tour? Nous n'avons répertorié aucun changement dans la nature pour le moment mais ce n'est pas à exclure.

Il attendit ensuite une quelconque réaction d'Alaynna qui ne vint pas. Prendre une décision dont on sait pertinemment qu'elle changera notre court passage sur cette terre, mais qui changera aussi d'autres vies innocentes ne devait pas être chose facile. Un choix d'autant plus difficile quand on doit uniquement se baser sur la parole des autres sans expérience personnelle qu'être trimballée de mains en mains.

- Je suis conscient que cela fait beaucoup à assimiler. Nous allons vous raccompagner à vos appartements, que vous puissiez réfléchir à tout ça, déclara le chef en faisant signe à Sören de s'en occuper.

Au moment où la jeune femme se levait pour quitter les lieux, elle se saisit du journal.

- Je peux le garder? Même si je ne peux pas le lire, ça m'aidera à faire le tri dans tout ce que vous m'avez dit, demanda t-elle d'une voix innocente.

Le chef rebelle acquiesça et regarda s'éloigner cette jeune femme capable de tout accomplir, le meilleur comme le pire. A la voir ainsi, elle paraissait fluette, presque délicate mais à voir les traces de doigts sur la gorge de Tya, les apparences pouvaient être trompeuses. Sans compte son manque de pouvoir pour le moment. Ulfrick ne doutait pas que son attrait pour le sang finirait par dévoiler son utilité, et le reste suivrait. Tout ce qu'il fallait, c'était la pousser dans la bonne direction...

_______________________________________________

Alaynna avait regagné son appartement d'une seule pièce et lisait le journal de son prédécesseur à la lumière des bougies. Tout ce qu'avait dit Ulfrick et les autres était vrai, d'autres terres les attendaient à l'est et au nord, protégées par d'autres dragons. La jeune femme médita longtemps en regardant l'illustration du dragon. Il s'agissait d'un dragon qui lui était apparu au milieu des souvenirs du "Dragon Blanc", comme elle désignait leur ancêtre. Noir comme l'ébène, les yeux bleus, il semblait plus jeune que le Blanc mais avec la même férocité dans le regard. Protecteur des terres de l'est, il avait rencontré le Blanc des siècles avant qu'ils se séparent, soit il y a plus d'un millénaire à partir de ce jour.
Tout ce passé inconnu, tout ces faits qui s'étaient déroulés bien avant sa création, qui la dépassaient totalement et qu'elle ne détenait que par des paroles rapportées écrasaient la pauvre réincarnation. Tout les autres avaient-ils ressenti la même chose avant qu'ils ne découvrent enfin leur tâche?
Ses doigts fins tournèrent les pages pour arriver à l'avant dernière. Le début était écrit lisiblement, comme le reste du journal, puis les écrits devenaient hésitants, irréguliers, avec des lettres et des mots jetés au hasard.

" L'Armure est la clé, dissimulée au pied des Falaises Maudites.
Tout a commencé et tout finira avec les Frères Immortels.
Ne te fie à personne.
A attendu tellement longtemps...
Ce n'est que... ju...stice
Je peux... voir...
trouve...
la... c...
clé...
Le sang... app...
l'ap...pelle, il...s...
le... s...ang...
...à jam...ais."

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